« Je ne suis pas photogénique »: anatomie d’un conditionnement de genre

1 Sep 2026

« Je suis désolée, je ne suis pas du tout photogénique. »

Ça, c’est la phrase que j’ai entendue toute la journée, pendant que j’animais le photocall d’un événement professionnel. J’étais présente pour réaliser gratuitement les photos de profil des participant·es.

Ce que j’ai constaté, c’est que la majorité des femmes qui sont passées derrière mon objectif, sont venues en s’excusant de ne pas être « assez ».

Pas assez bien, assez belle, assez photogénique.

Que des craintes liées à l’apparence physique.

Ce qui m’a semblé paradoxal, c’est pourtant qu’elles représentaient des métiers à responsabilité, qui supposaient de fait, qu’elles étaient déjà passées au-delà d’un quelconque syndrôme de l’imposteur. De l’impostrice, donc.

Et là, dès qu’il s’agissait de représentation et d’image, les injonctions patriarcales ont repris le dessus.

Il est intéressant de constater qu’avec leurs homologues masculins, le contraste est saisissant. Si tous n’affichaient pas une assurance absolue, quasiment aucun n’a manifesté de complexe lié à son physique. Même les plus timides sont restés plutôt neutres, se prêtant au jeu comme une simple formalité technique et une chose à rayer sur sa to-do-list.

La fabrique du doute

Cette anxiété liée à l’apparence ne tombe pas du ciel à l’âge adulte. Elle s’infuse patiemment depuis l’enfance. En voici quelques exemples:

  • L’estime de soi qui prend l’eau : la confiance des filles s’effondre dès la classe de 3ème par rapport à celle des garçons (Étude DREES). Un hasard ?

  • La surveillance permanente : le Haut Conseil à l’Égalité rappelle régulièrement comment les stéréotypes numériques et médiatiques imposent une auto-évaluation constante aux femmes (Rapports du HCE).

  • L’autocensure comme conséquence : les travaux du Centre de Recherche sur l’Apparence montrent un lien direct entre l’insatisfaction corporelle et la réticence à viser des postes de direction (Centre for Appearance Research).

C’est la charge mentale esthétique dans toute sa splendeur : cette injonction silencieuse qui exige des femmes qu’elles cumulent une compétence irréprochable ET le contrôle absolu de leur image pour être jugées crédibles.

 

Faire du portrait un acte politique

On a toutes et tous grandit avec l’idée que certaines personnes étaient plus photogéniques que d’autres. En tant que pro, je le dirai autrement: quand il s’agit de poser (car quand vous êtes pris·e sur le vif, le résultat est encore différent), les personnes les plus à l’aise avec leurs corps, sont plus photogéniques.

C’est tout.

Donc le gros du travail reste la relation que l’on entretient avec son corps et le regard qu’on lui porte.

Ça, c’est vous avec vous-même.

Mon boulot à ce stade, c’est de prendre en considération ces normes invisibles et de créer un espace safe pour accueillir vos expériences passées, vos complexes, vos réticences. Et de prendre soin de votre confiance pour que vous passiez un moment agréable, en essayant d’oublier le temps d’une session, le monde au dehors.