Cette nuit,

je suis partie vous quitter

Cette nuit, je suis partie vous quitter.
Partir de façon très symbolique, 
sous vos regards que je ne n’ai plus su interpréter.
 
Il y a eu des discussions très banales, 
dans une pudeur à éviter le sujet, 
sans évoquer le mal par peur qu’il vous retombe dessus.
 
Par peur que le monde prenne un sens plus juste, 
le déni des autruches qui prêchent la fatalité 
en se découvrant une aisance 
à communiquer avec les êtres souterrains.
 
Peut-être même un peu d’apaisement malsain 
à voir partir les éléments qui pourraient perturber 
et vous rassurer en vous apercevant 
que votre quotidien sera d’une fade platitude bien commode, 
sans remous dans la mer plate que les marins répugnent.
 
Je n’ai plus l’énergie au déni.
Je suis fatiguée d’avoir trop attendu.
Dans l’attente, y a-t-il forcément la déception ?
Dans le désir d’un éveil mutuel, le risque de nous perdre ?
 
Il n’y a pas eu de rituel, pas d’au-revoir déchirant,
comme si je partais pour revenir.
Ou finalement, comme si je n’étais jamais venue.
Dans la mollesse des gens qui refusent la souffrance,
j’ai vu l’occasion d’y oublier ma présence.
 
J’aurais voulu partir à cheval avec mon chien.
Je vous ai quitté en solitude et sans confort, 
dans le sauvage des incertitudes et la forêt des exilés 
pour donner une probabilité à la naissance des jours heureux.
 
Là où je vais, je n’ai plus le luxe d’éprouver le froid et la faim.
Car dans la neige où je dois tracer ma voie,
personne ne peut m’accompagner.
 
Tu es revenu dans l’éphémère des nuits sans étoile,
dans une vision rassurante pour t’assurer de ma survie,
pour me donner un compas qui pourrait m’être utile,
un accélérateur de particules pour transformer les énergies.